La maîtrise du stockage de l'énergie est la condition préalable à la libération de sources d'énergie nouvelles, à peu près inépuisables et non polluantes.

Des ressources naturelles abondantes...

Nous avons bénéficié de ressources énergétiques considérables et d'accès facile en extrayant charbon, gaz et pétrole. Cela nous a permis le développement industriel et le niveau de vie que l'on connaît.

Notons par exemple que l'augmentation de population sur terre (et l'amélioration de ses conditions de vie) a en particulier été rendue possible par un développement foudroyant des rendements agricoles. Mais, alors que jusqu'au 20e siècle l'agriculture réalisait l'équilibre énergétique, elle consomme aujourd'hui plus de 10 fois l'énergie qu'elle produit ! Il faut bien se la procurer.

... mais un contexte qui change.

- Ces sources d'énergie dite fossiles (mais qui ne deviennent énergie que par leur combustion) sont aussi des moyens de stockage facile avec le charbon et le pétrole, un peu moins avec le gaz.

- Il semble probable que le gaz carbonique (C02) que leur combustion rejette commence à poser un problème d'"effet de serre''. Les énergies fossiles doivent donc perdre à terme leur quasi-exclusivité.

- Ces énergies fossiles sont en fait des transformations d'énergie solaire par voie biologique qui les a ainsi stockées. C'est en particulier ce stockage facile, sorte de miracle naturel, qui les rend si précieuses.

- En dépit de 50 ans de recherches, le nucléaire ne bénéficie pas encore d'une maîtrise suffisante. On peut regretter un laxisme excessif dans la manière de traiter ce problème. On accumule les mensonges officiels aux mensonges écologistes. La confusion règne et nul ne prend vraiment la chose en main. Le doute s'installe sur la capacité des scientifiques et de leurs "mécènes" à trouver une solution au risque nucléaire acceptable publiquement, en dépit des avantages réels de la filière.

- Malgré un effort de recherche puissant, motivé par des espoirs considérables, la fusion nucléaire a accouché d'une souris. ITER, objet du tapage patriotique qui l'a entouré, accouchera peut-être d'un rat, mais sans doute pas d'un phénix.

- Notons enfin que ce n'est pas l'énergie que nous produisons qui pose problème (l'activité volcanique naturelle de la terre produit des quantités d'énergie bien supérieures à nos propres productions), mais ce sont les produits de combustion qui polluent.

- Peut-être convient-il aussi de rappeler que le déversement de sommes folles à des régimes rétrogrades riches en énergie fossile ne leur a en aucun cas apporté le développement, et a servi à financer les rêves fascisants et sanglants de fanatiques. Comment justifier que nous financions ces forces de division du monde et que nous subissions longtemps une telle dépendance ?

La nouvelle frontière n'est plus de produire, mais de stocker l'énergie.

Imaginons un instant que l'on sache stocker aisément l'énergie (système calorique, électrique, mécanique, chimique ou tout autre ) et d'une manière telle que l'utilisation de ces stocks pour produire l'énergie ne soit pas polluante (l'utilisation de l'hydrogène est une voie, il y en a d'autres). Les perspectives sont alors bouleversées.

D'abord, l'énergie disponible devient pratiquement infinie. Prenons un exemple : Si 1% des terres recueillent 20% de l'énergie solaire reçue, cette énergie représente à elle seule environ 10 fois la consommation mondiale actuelle d 'électricité et 3 fois la consommation mondiale totale d'énergie. Pourquoi ne l'utilise-t-on pas ? C'est l'absence de techniques de stockage qui nous fait négliger ces ressources considérables. Les nuages cachent parfois le soleil, les lieux les plus régulièrement ensoleillés ne sont pas toujours à proximité des utilisateurs, etc. Même chose pour le vent, irrégulier par nature, ou le nucléaire, si lent à montrer au régime et à stopper. Nous savons produire l'énergie, mais tant que nous ne savons pas la stocker, nous ne savons pas qu'en faire !

Notons au passage que la problématique du nucléaire serait aussi bouleversée. Aujourd'hui, par exemple, son implantation se fait à proximité des lieux de consommation pour éviter les fils électriques et les pertes de transport. Tout cela pourrait devenir caduc et les lieux de productions pourraient être choisis différemment.

Si donc nous savions stocker (et transporter) efficacement l'énergie, non seulement les ressources renouvelables deviendraient quasi infinies, mais en même temps, l'usage de l'énergie se transformerait totalement. Imaginons par exemple que notre logement ait sa réserve d'énergie pour une année ou plus, que notre voiture ne fasse le plein que tous les 6 mois, que les industries trouvent l'énergie où qu'elles soient implantées et que cette énergie cesse, par ses sous-produits, d'être une menace écologique ? Notre rapport à son usage en devient modifié en profondeur.

Un axe prioritaire de recherche doit donc être la mise au point de techniques de stockage efficaces de l'énergie.

L'hydrogène est une voie, mais il faudra en approfondir d'autres avant d'en trouver au moins une, utile et efficace.

Un arbitrage en faveur de cet axe de recherche me semble essentiel et urgent. La France vient de décider de lancer des programmes prioritaires utiles, mais aucun ne porte le germe d'un semblable bouleversement et celui-ci n'y figure pas.

Si l'Europe existait vraiment, voilà qui lui permettrait, en lançant cet axe de recherches, de montrer qu'elle est utile et qu'elle a une vision à long terme. Sans elle, des collaborations entre nations sont possibles (comme ce fut le cas avec succès pour le CERN). Nous disposons encore du savoir-faire scientifique et technique ; encore faut-il avoir une vision, et le courage de faire.

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