Que savons-nous, vraiment ?

Qu'est-ce que savoir ? Savoir, par exemple, qu'aujourd'hui il fait beau et que le soleil est là ? C'est se faire dans notre tête cette idée que suggère la lumière, la vue du soleil, la chaleur sur notre peau, etc. Mais que savons-nous vraiment ? Ce que nos sens nous ont dit, ce que notre cerveau a traduit en une image que nous percevons. Mais nous faisons ainsi que nous contempler nous-mêmes, nos images, nos représentations, coordonnées par notre cervelle. Et nous savons combien nos sens sont fragiles, capables d'erreurs, d'illusions, de raccourcis trompeurs. Alors, c'est quoi le soleil qui brille ? Si je suis modeste et honnête, je dirai franchement que je n'en sais rien. Mais, ce que je sais est que la représentation que je m'en fais me permet de vivre, de partager cette sensation avec les membres de mon espèce et même d'en tirer certaines conséquences utiles.

flottantLe filtre inévitable de nos sens

Ainsi, mon approche de toute chose est, encore et toujours, filtrée et retraduite par mes sens. S'il existe une réalité, je n'en connaîtrai jamais que ce que mes sens d'humain normalement développé voudront bien m'en dire. Mes sens me racontent la réalité et je dois me contenter de cela. Un peu frustrant, n'est-ce pas, surtout lorsqu'on sait que nos capacités ne sont pas infinies, que nous avons un nombre certes grand de neurones et de connexions, mais limité quand même. Alors, qui peut prétendre que  la représentation que nous nous faisons du monde est exacte ? Il faudrait être immodeste, voire un peu exalté, pour le prétendre. Nous existons au sein de quelque chose que nous ne connaîtrons jamais, immense et insaisissable. Un monde qui, si nous en sommes un centre, flotte comme un gigantesque nuage autour de nous et dont nous nous représentons certaines parties, sans savoir s'il y en a d'autres que nous ne percevons pas, ou mal.

La science ne nous aide pas à savoir ce qu'est le monde, mais à nous le représenter

Il fut un temps où nous eûmes l'espoir que la démarche scientifique allait "dévoiler" cette réalité obscure. Il n'en a rien été. Nous avons représenté le monde en formules mathématiques, dont la complexité ne fait d'ailleurs que croître et ces formules représentent bien la partie de la réalité qu'elles décrivent. Elles fournissent des prévisions très précises, vérifiables. Mais, pour autant, ce ne sont que des représentations mathématiques du monde. Ce n'est pas le monde lui-même...

Un monde flottant

Nous sommes au coeur d'un monde flottant qui entoure la cage de verre de nos sens. Nous serions irresponsables d'agir, de penser, comme si nous tenions la réalité entre nos mains. De penser, surtout, car la tentation est grande de prendre notre représentation pour la réalité. Toute la difficulté de philosopher est là. Les bâtisseurs de systèmes s'y sont laissé prendre. Je préfère de très loin Montaigne à Aristote pour construire mon chemin...