On n'aime pas ce qu'on est, dont on connaît bien toute l'imperfection. Imperfection physique ou morale ou les deux, imperfection en tout cas qu'on n'ose pas aimer. Narcisse nous amuse. Il est ridicule et détestable. L'arrogance du fanatique qui aime sa vérité et cela seulement, nous l'exécrons. Nous plaignons ceux qui s'aiment trop eux-mêmes, comme victimes consentantes de leur prison. Nous nous sentons rarement attirés par ceux qui nous imitent ou nous ressemblent trop, car nous voyons trop facilement nos limites et nos grimaces. Nous sentons bien qu'aimer ne pourrait pas s'adresser à ce qui est sous notre main et que pour aimer, il faut quelque distance irrémédiable, réelle ou imaginée.

Si vous enfermez un corbeau vivant dans votre réfrigérateur et si, une fois la porte fermée, vous entendez croasser, ne croyez pas que ce bruit vient forcément du réfrigérateur.

Photo de Laurent Schwebel