meiji

 

Le musée Guimet propose en ce moment (octobre 2018) une exposition d'objets d'art japonais, créés à l'époque Meiji (1868) et appelée "Meiji, splendeurs du Japon impérial". Cette époque fut celle d'un basculement volontaire du Japon de sa posture isolationniste et immobile de l'ère précédente vers une ouverture violente et totale au monde moderne qui lui paraissait alors la seule voie possible pour éviter l'effacement. Les conséquences de ce bouleversement sont incalculables, tant sur la position internationale du Japon qui gagna son pari que sur ce qui nous occupe ici, l'art, où les conséquences furent beaucoup moins glorieuses, comme le montre cette exposition.



Pour devenir fort, le Japon décida de s'industrialiser sur le modèle dominant, celui du monde occidental. Le Japon s'est alors enrichi massivement, donnant pouvoir et richesse à une classe nouvelle, bourgeoise, qui devint la nouvelle référence du goût moderne, se substituant ainsi au goût de la classe aristocratique déchue. L'Europe a connu un cycle analogue. L'exposition de Guimet est caractéristique : art monumental (bronzes délirants, par exemple), goût du détail réaliste, recherche de la performance technique, étalage de richesse, etc. Certes, tout cela se fait en référence au glorieux passé artistique du pays, mais reste dominé par un goût bourgeois de paraître. L'objet de l'art n'est plus la recherche d'une fusion avec l'essence supposée du monde, que l'on nomme aussi la beauté, mais la glorification de celui qui paye. Je me suis amusé à lire parfois les propos contournés de la présentation. Il eut été politiquement incorrect de parler d'art bourgeois...

L'exposition n'échappe pas à une ambiguïté, malheureusement non abordée dans ses textes de présentation. L'ouverture du Japon l'a rendu plus facile à connaître et la qualité et l'extrême originalité de son art passé a sauté aux yeux des artistes européens de la fin du 19e siècle, conduisant au "japonisme". La coïncidence de date pourrait laisser croire que l'art de l’ère "Meiji" a été la source de cet émerveillement. Que nenni ! C'est l'art pré-Meiji qui fut le joyau tant apprécié (estampes, objets, etc.) mais certainement pas l'art, même de belle qualité, qui nous est présenté dans les premières salles. A tel point d'ailleurs que ce japonisme fut à son tour pour certains artistes japonais conscients de la dérive en cours, que peut-être ces artistes européens les aideraient à retrouver leurs racines et qu'ils les imitèrent à leur tour !

Je pense aussi qu'un mot aurait pu être dit sur ce qui sera l'honneur du Japon à cette époque de rupture, à savoir sa littérature. Tanizaki, Soseki et bien d'autres ont su percevoir et exprimer la violence du chambardement Meiji. Une littérature magnifique est encore là pour le dire et témoigner de la grandeur de ce pays. Pour moi, l'art de l'époque Meiji est là, pas dans les boursouflures de l'exposition. Exposition qui mérite donc absolument la visite, d'autant plus que certains objets prolongent la "splendeur" du Japon ancien !

L'exposition se termine le 14 janvier 2019.